Jeudi 30 novembre 2006
Goethe et un de ses admirateurs, « Enfin on avait réussi à ramener les morts à la vie ; ou, pour être plus précis : rappeler pour un court laps de temps des gens qui avaient subi l’épreuve de leur première vie et de leur première mort… » Voici posé, dès le début, le principe selon lequel va s’articuler toute l’intrigue de Goethe et un des ses admirateurs. Dès le départ, tout est dit : Arno Schmidt (himself !) racontera sa rencontre avec Goethe (himself !) ressuscité pour quelques heures (du moins les minutes les plus intéressantes, car enfin comme le dit A.S ( (himself !) « De minuit à midi il n’y a pas du tout « 1 Jour », mais « 1440 minutes », et parmi celles-ci il y en a tout au plus 50 dignes d’intérêt ! ») Ne vous attendez donc pas ici aux inventions farfelues et dépaysantes d’une certaine Littérature imaginative qui commence à Poe et finit à Tolkien, car comme Arno Schmidt dit lui-même « Insert : d’où l’on voit mieux qu’il s’agit ici vraiment d’un récit qui s’en tient aux faits ; autrement, en tant que constructeur roublard de formes brèves, j’aurais, c’est garanti, évité, une si pénible répétition des mêmes motifs ! Mais ça, c’est la théorie des autres, des « commis voyageurs en péripéties » ; chez moi il ne se passe rien par principe –non pas que je serai un ennemi des catastrophes, oh non –bah, c’est égal -Mais alors !? Quel intérêt peut-on trouver à lire un livre, où il ne se passe rien ? d’abord dire que dans les romans d’Arno Schmidt, l’essentiel se passe dans la Langue, cet autodidacte (on le devine assez aisément maniaque) lui fait prendre des positions (inimaginables avant de les avoir lues), lui fait faire des acrobaties, qui ne correspondent à rien de déjà-vu. Ces livres sont les kamasoutras des Lettres. (Ce n’est pas un hasard si l’article que lui consacre Richard Blin dans Le MDA s’intitule La vie sexuelle des mots). Dire, aux lecteurs qui seraient réticents à avancer plus avant dans les livres d’A.S, qu’il subsiste toujours une histoire finalement parsemée d’une multitude d’éclats scintillants. Si la forme paraît rugueuse et difficile dans un premier temps (un livre, ça ne se pénètre pas comme ça, à sec)bientôt la manière si particulière qu’a A.S d’agencer ses paragraphes vous semblera si familière que vous n’y apporterez bientôt plus attention, ne nécessitera plus aucun effort, vous les lirez bientôt comme il s’entend comme étant une multitude de tremplins. Comme A.S dit encore « Ma vie ?! : Ma vie n’est pas un continuum ! (il n’est pas que le jour et la nuit pour la diviser en fragments alternativement blancs et noirs ! Non, pas un continuum, certainement pas un continuum !: Ainsi court ma vie, ainsi mes souvenirs » et comment mieux rendre compte de cette discontinuité en vrac par un succession de petits chapitres (moins d’une douzaine de lignes, dont les lignes inaugurales doivent rendre l’élan (pour le saut), la « piqûre » qui précède l’injection ) qui inter agissent comme autant de plans séquences, dont il reste au lecteur de faire le montage. L’histoire ? Oui, l’histoire, donc ! Comme indiqué plus haut, il s’agit de la rencontre entre Goethe (Le Grand) et Arno Schmidt. Cela commence par quelques égarements, anecdotes, critiques au vitriol de l’Académie des Lettres…A.S hésitera entre plusieurs autres interlocuteurs pour finir par choisir Goethe finalement (dont il maîtrise sans conteste l’ensemble de l’œuvre jusqu’aux détails jusqu’ à la critiquer à certains endroits (à propos de l’intertextualité notamment); en ce sens, il sera parfois difficile de suivre les deux A.S & G, mais puisque il ne nous est pas interdit de ne pas toujours suivre les deux A.S & G, n’ayons pas crainte de ne pas capter la totalité du récit, des alluvions-allusions lancés en vrac, il s’agit pour nous d’en restituer au moins une vision globale, d’y lire la toile que l’on aura réussi à composer ). Les voilà donc tous deux à pérégriner, G ressuscité, et A.S son guide dans le Monde actuel : dans les bibliothèques ? Non ! « ‘ Nos Bibliothèques ? : sont détruites ! » -où donc A.S emmène-t’il G ? dans une librairie de livres anciens, en passant par la gare, évitent la rue Goethe . A.S le suit aux toilettes et l’y décrit « d’un côté cela lui semblait être désagréable ; d’un autre cela ravivait visiblement ses relations avec la « vie sur Terre ». ce mélange de merde et de clair de lune qui nous caractérise si bien. », chez lui pour dîner, j’allais oublié l’épisode « Au Monoprix : (un jour au « Prisunic » ils n’avaient pas mes livres ; depuis je vais obstinément chez la concurrence ; qui me jettera la première pierre ?) » , où A.S lui décrit les escalators, les cabines téléphoniques… -De quoi parlent-ils ? Il me semble vous en avoir déjà trop dit, Lisez Goethe et un de ses admirateurs, vous verrez comment A.S & G passent de la confrontation à la complicité (et alternativement). Combien A.S est joueur ! Faites vous en votre propre idée !
par lelem publié dans : K.K.O.Q
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